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Le compte-rendu de l'enquête Hirondelle 2004

Le groupe Ille-et-Vilaine de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO35) a relancé en 2004 l’enquête sur la nidification des hirondelles dans le département qui avait été initiée en 2003. Cette enquête consistait en un recensement des nids d’hirondelles rustiques (hirundo rustica), d’hirondelles de fenêtre (delichon urbica) et de martinets noirs (apus apus). L’identification aisée de ces espèces permet à un grand nombre d’observateurs de participer à l’enquête. En 2003, 60 observateurs avaient participé à cette enquête. L’enquête 2004 a été plus largement diffusée et les données de 134 observateurs ont été collectées. Parmi ceux-ci, on peut noter la contribution importante des observateurs du groupe ornithologique d’Ille-et-Vilaine de Bretagne Vivante.

Les nids de martinet noir sont difficiles à localiser car il faut voir l’oiseau entrer dans la cavité où il niche. Ces cavités sont toujours très hautes et souvent peu visibles.
Le recensement des nids de martinets est donc difficile et peu de données nous sont revenues. 18 observateurs ont recensés 135 nids répartis dans 24 communes. En 2003, 20 nids seulement avaient été recensés.
C’est à Rennes que le plus grand nombre de nids a été trouvé (37) mais il y a des martinets dans de très petits bourgs (St Péran, Muel). Les martinets nichent souvent dans les pignons de hautes maisons de bourg, on peut aussi les trouver dans des églises comme à Muel, Noyal-Châtillon sur Seiche ou Bourgbarré. 55 % des nids recensés étaient dans des bâtiments d’habitations (immeubles ou hautes maisons), 24 % dans des bâtiments publics (mairies, écoles) et 20 % dans des églises. Un nid a pu être observé sur un bâtiment industriel (garage automobile) métallique à Bourgbarré.

 

Stats rustiques 2004L’hirondelle rustique aime nicher à l’intérieur des bâtiments où elle construit un nid en terre souvent accroché à une poutre. Cette année, 82 observateurs ont recensé 357 nids d’hirondelles rustiques répartis dans 81 communes d’Ille-et-Vilaine. Les hirondelles ont élevé jusqu’à 3 nichées dans chaque nid, chaque nichée comprenant de 2 à 5 petits.
78 % des nids se trouvaient dans des bâtiments agricoles, écuries ou hangars ce qui constitue l’habitat favori de l’espèce. Les colonies sont parfois importantes, une ferme de Bruz abrite ainsi 21 nids occupés cette année. Dans une ferme de Vern sur Seiche, il y avait cette année 42 nids occupés ce qui représente avec les jeunes une colonie d’environ 400 oiseaux !
Son ancien nom d’hirondelle de cheminée n’était pas complètement usurpé puisque 4 % des nids recensés étaient dans des cheminées. Les sites de nidification peuvent être surprenants (toilettes, préau, sous-sol, lavoir). Enfin un seul nid indépendant de toute construction humaine a été trouvé : accroché à l’écorce d’un arbre à Retiers.
Les nids sont parfois squattés par d’autres oiseaux comme le troglodyte mignon (troglodytes troglodytes) qui utilise le nid d’hirondelle comme une cavité où construire son propre nid. La nichée d’hirondelle rustique est vulnérable tant qu’elle est au nid, des cas de prédation par des rongeurs ou par le faucon crécerelle (falco tinnunculus) ont été rapportés.

17 sites de nidification ont été suivis en 2003 et en 2004. On comptait 82 nids sur ces sites en 2004 contre 56 nids seulement en 2003. Cette augmentation de 47 % ne peut bien sûr pas être généralisée à la nidification générale de l’espèce en 2004 puisqu’il s’agit de sites relativement protégés où les hirondelles sont les bienvenues. Il y aurait toutefois eu cette année une augmentation des effectifs nicheurs des hirondelles.

L’hirondelle de fenêtre niche en colonies sur les façades des maisons de bourg. En 2004, 57 observateurs ont recensé 956 nids dans 86 communes du département. Les nids abritaient de 2 à 5 petits et là aussi, plusieurs nichées ont pu se succéder. La météo très propice de septembre a favorisé les reproductions tardives. Un couple nourrissait encore ses poussins au nid le 26 septembre à Cesson. Les nids sont assez souvent colonisés par des moineaux domestiques (passer domesticus) qui ne trouvent plus sur les bâtiments de cavités propices à leur nidification.
L’hirondelle de fenêtre privilégie les habitations des bourgs pour y construire ses nids, on y retrouve 72 % des nids. Si l’on ajoute l’ensemble des bâtiments urbains (habitations, commerces, bâtiments publics), on arrive à un total de 96 % des nids. Certaines communes abritent des colonies très importantes : Vézin le Coquet (53 nids), Coësmes (42 nids), Liffré (36 nids), St Gilles (36 nids), Breteil (33 nids) ou Cesson (33 nids). Les 4 % d’oiseaux restants nichent sur des bâtiments agricoles. On peut trouver des nids d’hirondelles sur des bâtiments (maisons ou collectifs) récents mais ils y sont plus souvent détruits qu’ailleurs. Des destructions de nids sont encore observées, 84 ont été recensées cette année. Certaines communes semblent moins accueillantes que d’autres. La colonie de Betton par exemple a quasiment disparu puisqu’il ne restait que 3 nids cette année alors que l’on peut voir les traces d’une trentaine de nids anciens détruits. Beaucoup de traces d’anciens nids étaient aussi visibles à La Chapelle des Fougeretz ou à La Chapelle de Brain. Les dispositifs de protection semblent bien acceptés des oiseaux, des planchettes ont été placées sous des nids à Liffré et à St Erblon et les hirondelles y sont revenues et quatre nichoirs artificiels sont occupés à Bourgbarré.
10 sites de nidification peuvent être comparés entre 2003 et 2004. Ces sites représentaient 160 nids cette année contre 137 en 2003. Cette augmentation de près de 17 % laisse supposer que la saison de reproduction 2004 a été plutôt favorable pour cette espèce aussi. Il faut cependant souligner qu’avec l’expérience le comptage des nids par les observateurs est meilleur, par conséquent des nids oubliés en 2003 ont pu être comptés cette année.

L’enquête hirondelle 2004 a permis de mobiliser un réseau important d’observateurs grâce à une large diffusion. Nous observons cette année une augmentation significative du nombre de nids. Cette observation est confirmée par d’autres sources (LPO, CRBPO). Une explication possible est la bonne réussite de la reproduction en 2003 grâce aux conditions climatiques estivales (canicule) favorable aux insectes et donc aux insectivores comme les hirondelles. Il reste toutefois beaucoup à apprendre sur les hirondelles et notamment sur leurs conditions d’hivernage.
L’enquête hirondelles sera poursuivie en 2005 et le réseau d’observateurs sera sollicité dans les années à venir pour permettre de suivre l’évolution des populations d’hirondelles en Ille-et-Vilaine. Les hirondelles paient un lourd tribut lors de destructions de nids et la « crise du logement » peut mettre l’espèce en difficulté. Mais, contrairement au martinet, les deux espèces d’hirondelles peuvent très bien s’adapter aux constructions modernes. Il suffit qu’elle soit acceptée pour qu’une colonie reprenne du poil de la bête.

Pour la LPO35, Nicolas Hyon.

Enquêtes hirondelles: 2004 - 2005 - 2006 - 2007